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Ven 9, sam 10 et dim 11 octobre 2015

En route vers Chartres

Giverny et les jardins de Monet, Chartres en vitrail et lumière, le château de Maintenon, Saint-Pierre-de-Varengeville et son Centre d’art contemporain

 1 – GIVERNY. La Fondation Monet

- La Maison

En avril 1883, Alice Hoschedé et Claude Monet s’installent à Giverny avec les huit enfants dans une maison entourée d’un jardin clos de murs. Très vite la vigne vierge et les rosiers grimpants dissimulent les murs lépreux. Des graines potagères et des fleurs sont semées afin de servir de modèles pour peindre aux mauvais jours. Paul Durand-Ruel acquiert des tableaux en avançant les fonds nécessaires à leur existence, à l’entretien et à l’agrandissement de la maison.

Claude Monet dans son jardin

Monet prépare toutes les nuances : couleurs claires pour les murs, tons pastel ; exception est faite pour les murs de la salle à manger en jaune de chrome clair et moyen. La cuisine éclate d’un bleu clair laqué en harmonie avec les carrelages bleus de Rouen.

Cuisine de la maison de Claude Monet
Salle à manger de la maison de Claude Monet

Dans les cages d’escalier, les petits couloirs et les deux cabinets de toilette ainsi que la salle de bains équipée de l’énorme chauffe-bain à serpentin de cuivre, les couleurs sont plus anglaises avec un blanc cassé d’une pointe de bleu ou de garance. Des nappes damassées cousues ensemble tapissent les murs des chambres de la suite occupée par Alice et Claude Monet. La maison est décorée des estampes japonaises que le peintre collectionne.

- La basse-cour

Une basse cour où sont élevées des poules de trois ou quatre races différentes, est dotée d’un bassin réservé aux canards pour barboter, d’un autre bassin d’arrosage et d’un arbre à perruque avec des petits recoins buissonneux pour les nids. Monet court les élevages pour sélectionner poules et canards. Le soin de la basse cour incombe au jardinier et à Blanche, fille d’Alice. Pas de clapiers ni de pigeonniers mais une volière réservée aux oiseaux blessés.

- Le jardin

Le jardin de légumes est inséparable du jardin de fleurs. Le long des murs courent des espaliers en palmettes de poires et des espaliers en cordons horizontaux de pommes. Sont aussi plantés des cerisiers de Montmorency, des pruniers et quelques cognassiers.
Pour le potager, Monet écume les catalogues, achète des graines. Il conclut des échanges avec les autres jardiniers. Un ordre irréprochable règne sur tout.

- Une journée de Monet

Claude Monet, Le Bateau-atelier, 1876

Levé avant le jour, Monet consulte depuis la fenêtre de sa chambre, la colline-baromètre dans l’espoir de la découvrir enveloppée de brume légère annonçant une journée lumineuse. Vient ensuite le rite du tub glacé.

Un robuste petit déjeuner est partagé avec Blanche avant le départ dans la campagne pour rejoindre leur bateau. C’est elle qui achemine dans sa brouette, toiles et chevalets.

Le déjeuner est servi à onze heures exactes à la demi-seconde près. Il a mis au point un cérémonial précis pour les rôtis, volailles, salades, vins et café. Puis Monet reprend son travail jusqu’au dîner de sept heures.

- Le temps passe

Tout s’est lentement transformé. La maison vit au rythme des saisons, à la cadence des expositions de Monet.
A la fin du siècle est construit près des tilleuls un nouvel atelier, puis, en 1916, un troisième, à l’autre extrémité de la propriété, et aussi un vrai garage avec une fosse qui recevra la première Panhard & Levassor modifiant leurs habitudes.
Après le succès de l’exposition Monet-Rodin, s’ouvre l’ère de la véritable aisance. Bientôt cinq jardiniers travaillent dans le jardin luxuriant d’une trompeuse simplicité. Monet fait aménager un plan d’eau et le petit ru gargouillant est devenu l’étang lisse où les nymphéas se gorgent de soleil.
Un autre jardinier est affecté au seul bassin. Monet y passe ses journées, loin des importuns, à poursuivre la désintégration de la lumière.
La présence de Monet à Giverny amène une colonie d’artistes américains et attire tous ces peintres qui veulent y être reçus.
Monet, le solitaire, venu à Giverny pour y trouver la paix, fulmine et s’isole davantage. Il reçoit des visites choisies : Clemenceau, Rodin, Pissarro, Renoir.

Voiture Panhard & Levassor
Blanche, Monet, Clemenceau, 1924. A l’arrière-plan, Lily, fille de Blanche

 2 – Le musée des Impressionnismes Giverny

Le musée d’art américain Giverny fut fondé en 1992 par le collectionneur et milliardaire américain Daniel J.Terra et constitua un exceptionnel foyer de diffusion et d’échanges autour de l’art américain, dans une forme de fidélité aux cercles d’artistes d’outre atlantique venus nombreux lors du séjour de Monet dans ce village. Après le décès de son fondateur, c’est la Fondation Terra qui gère le musée, puis elle se désinvestit avec une fermeture programmée en 2008.
En 2009, un très large partenariat de collectivités locales ainsi que le musée d’Orsay permettent la naissance de l’actuel musée des Impressionnismes Giverny. Il a pour vocation de faire connaître les origines, le rayonnement géographique et l’influence de l’impressionnisme : le point de vue historique mais aussi l’impact du mouvement sur l’art du XXe siècle.

- Photographier les jardins de Monet. Cinq regards contemporains

Cette exposition de quatre-vingt-dix œuvres de formats très divers souhaite interroger notre vision du célèbre jardin à travers le regard de cinq photographes renommés.

Stephen Shore, Giverny, 1982

Stephen Shore (USA), Documenter le jardin de Monet : commandité par le Metropolitan Museum of Art de New York, ce photographe américain a enregistré en 1977 et 1982, avec une extrême précision, les différentes facettes du jardin dans sa renaissance.
L’essentiel des autres clichés de l’exposition date des années 2010 à 2012.

Elgar Esser, Cambray (Giverny 5), 2010

Elger Esser (D), La nuit pour mémoire : il a choisi la lenteur des nuits de pleine lune et le crépuscule pour photographier " l’absence de Monet ". L’héliogravure, procédé contemporain de Monet, permet d’obtenir des tirages d’une très grande finesse dans les variations de gris. Imprimées aux couleurs de la nuit, ces images sont une métaphore de la mémoire et de l’absence.

Bernard Plossu, Chez Monet de l’autre côté, Giverny, 2011

Bernard Plossu (F), Un jardin intime : les prises de vue sont effectuées en hiver pour " découvrir l’ossature du jardin et pas son éclat ", puis au printemps. Ce photographe opère dans l’instantané et traduit en touches infinies la lumière et les ondulations du bassin des nymphéas.

Darren Almond, Civil Down, Giverny Wintere 2, 2012

Darren Almond (GB), Colorées par la nuit : ce voyageur-explorateur photographie le jardin les nuits de pleine lune et à l’aube ; avec lenteur, et pour donner " plus de temps au paysage de s’exprimer ", il capte les couleurs étranges et délicates des fleurs suspendues dans la lumière de l’aube.

Henri Foucault, 2012

Henri Foucault (F), Interpréter la lumière : à partir de photogrammes de plantes et feuilles appelées Vibrations, il crée des œuvres de grandes dimensions recouvertes de milliers de cristaux scintillants, telles Deep Blue et Green Light.

 3 - CHARTRES en lumières

En septembre 2003 commence cette grande aventure qui nourrit deux ambitions : mettre en valeur un patrimoine historique et culturel dominé par la cathédrale, et créer le support d’une grande fête attractive pour tous, chartrains et visiteurs.
Si les vitraux, anciens et contemporains, sont le medium privilégié pour saisir les variations de lumière depuis l’intérieur des bâtiments, les illuminations permettent, elles, d’en peindre de lumière les extérieurs.
Quelques chiffres donnent l’ampleur du dispositif : 26 sites illuminés tous les soirs d’avril à octobre, 500 heures d’exploitation, presque 400 appareils de projection de diverses techniques, 44 enceintes de diffusion, 30 ordinateurs de pilotage et 16 tours de projection. Une équipe de trois personnes à l’année est renforcée par les autres services pour les pics de montage et démontage.
Le projet donne aux artistes l’opportunité de créer une œuvre d’ensemble originale, avec ses variations déclinées sur divers sites.

Cathédrale Notre-Dame, Portail Nord
Cathédrale Notre-Dame, Portail Royal, façade occidentale en lumières
Cathédrale Notre-Dame. Portail Sud en lumières

Le point d’attraction principal est bien sûr la cathédrale qui propose une scénographie sur la façade et le portail royal, mais aussi sur les portails nord et sud. Les églises Saint-Pierre et Saint-Aignan sont richement dotées, de même que les ponts du bord de l’Eure, certaines façades ou des bâtiments publics.
Un texte déclamé débute la première projection sur le portail royal de la cathédrale, ensuite musiques et bruitages accompagnent le flux d’images.

 4 - CHARTRES. Le Centre international du vitrail

Fondé en 1980, le Centre international du vitrail occupe à quelques pas de la cathédrale un haut lieu historique : en rez-de-chaussée la Grange aux dîmes de Loëns, un bâtiment aux trois pignons, et en sous-sol, le magnifique Cellier aux dîmes, à l’architecture gothique du début du XIIIe siècle. Le Centre développe plusieurs missions complémentaires : sensibilisation par ses expositions et visites guidées, éducation et formation auprès des jeunes élèves, par son école du vitrail et l’accueil de nombreux stagiaires, recherche et développement sur la lumière dans l’architecture afin de promouvoir le potentiel du verre décoratif.
S’il est une mémoire vivante de l’histoire du vitrail, le Centre est aussi un pôle technique et culturel et met en avant, depuis sa fondation, la création contemporaine.

Centre international du vitrail, Grange aux Dîmes de Loëns

- L’exposition "Les peintres et le vitrail"

C’est dans le Cellier aux Dîmes, avec ses trois travées de vingt-et-une croisées d’ogives et ses colonnes à chapiteaux qu’est présentée cette exposition consacrée aux artistes contemporains.
Sur commande d’état, nombre d’édifices du patrimoine bénéficient d’œuvres de peintres français et internationaux conçues pour le vitrail et réalisées en verrières.
C’est l’alchimie magique du verre, de la transparence et de la lumière qui fascine les peintres. Passionnés, curieux, inventifs, ils ont renouvelé l’art du vitrail par de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques, mettant à l’épreuve de l’adaptation les maîtres-verriers, s’exprimant librement du figuratif à l’abstrait, en privilégiant toutes les harmonies de couleurs vives ou diaphanes, ou par le relief d’un verre gravé ou moulé.
L’exposition présente le travail de 24 peintres internationaux à travers un parcours de vitraux originaux, panneaux d’essais, épreuves d’artistes, peintures, tous imaginés pour des édifices français ou étrangers.
Le visiteur a le privilège d’admirer de près, et même souvent en tournant autour comme pour une sculpture, ces œuvres créées pour n’être vues que de loin et en hauteur. Pour chacune une bannière présente la mise en situation dans l’édifice qui l’a accueillie.
A retenir que deux peintres - Kim En Joong et Gottfried Honegger - sont largement représentés dans la cathédrale Saint-Paul de Liège que nous visiterons au printemps.

Kim En Joong au travail dans les ateliers Loire, Lèves
Françoise Bissara-Fréreau Chapelle Saint-Riom, Plouezec
Udo Zembok Tour médiévale, Courtrai
Gottfried Honegger - Cathédrale Saint-Paul, Liège

 5 - CHARTRES. La cathédrale Notre-Dame

Restée indemne après la réforme, la révolution et les guerres, la cathédrale de Chartres est une encyclopédie de la vie et de la foi médiévales.

- L’histoire
Cité importante de l’époque romaine, Chartres est évangélisée par les premiers chrétiens au IVe siècle et une dévotion à Marie existe dès les origines.
Chartres devient un lieu de pèlerinage en 876 à la suite du don - fait par Charles le Chauve - de la " Sainte Chemise " qu’aurait portée la Vierge à la naissance du Christ.
L’École de la Cathédrale, ouverte en 990 par l’évêque Fulbert, théologien et philosophe, fait de Chartres un des grands centres d’érudition d’Europe pendant 200 ans.
L’évolution architecturale de cet édifice est étroitement liée à une série d’incendies détruisant tout ou partie du bâtiment.
Celui de 1020 ravage la cathédrale carolingienne que l’évêque Fulbert rebâtit plus vaste, dans un style gothique. Un siècle plus tard, un autre incendie donne aux architectes, charpentiers, maçons, tailleurs de pierre, sculpteurs et verriers l’occasion d’intégrer les recherches architecturales de leur temps : c’est la construction d’un nouveau clocher, puis l’allongement de la cathédrale, des cryptes romanes, ainsi que l’édification du portail royal.

Chartres, Cathédrale Notre-Dame, Portail royal
Cathédrale Notre-Dame, charpente en fonte de fer, 1836
Cathédrale Notre-Dame, couverture en cuivre

L’opportunité d’une reconstruction totale est liée à un nouvel incendie en 1194. Des princes, des bourgeois et des milliers de gens apportent leur contribution pour achever la cathédrale gothique rendue au culte vers 1220 : elle est solennellement consacrée en 1260, en présence du roi Saint-Louis.
Un nouvel incendie accidentel en 1836, détruit l’ancienne charpente en bois. La toiture est alors reconstruite en fonte de fer avec une couverture en cuivre qui demeure aujourd’hui une des particularités de la cathédrale Notre-Dame.
En 1918 et 1939, les vitraux sont déposés et mis à l’abri : ils ne subissent ainsi aucun dommage, mais la cathédrale n’a pas non plus souffert des bombardements.

- Les vitraux
Les vitraux comme les sculptures de l’extérieur ont l’objectif d’enseigner à l’homme du Moyen-âge comment se comporter en ce monde, dans l’espoir d’entrer dans une vie éternelle. S’y trouvent des récits évangéliques, des paraboles, des vies de saints, apôtres, confesseurs ou martyrs, saints des premiers temps ou saints contemporains, histoires anciennes ou inédites. Les murs de la cathédrale se font livre, et le vitrail accompagne la liturgie et la dévotion des pèlerins en exposant la vie des saints.

Chartres, vitrail de Notre-Dame de la Belle Verrière, XIIe, détail
Rosace de l’Apocalypse, Transept Sud, XIIIe
Vitrail de L’Arbre de Jessé, 1150, partie inférieure, Portail royal

La verrière la plus célèbre de Chartres est la Vierge romane disposée dans la première fenêtre du déambulatoire sud. Peinte au milieu du XIIe siècle, elle a été placée là après l’incendie de 1194 : Notre-Dame de la Belle Verrière.
La très grande majorité des autres vitraux date du premier quart du XIIIe siècle, telle la Rose Nord de la façade.
Deux verrières modernes sont réalisées par le maître-verrier François Lorin : la Vie de Fulbert (1954) dans le transept sud, le Vitrail de la paix (1971) dans le transept nord.

- L’art du vitrail

L’art du vitrail

Cet art se développe du XIe au XIIIe siècle.
Une verrière est formée d’un grand nombre de panneaux réunis dans une armature de fer. Chaque panneau est fait de morceaux de verre sertis dans des baguettes de plomb profilées en H (barlotières). Le maître-verrier dessine les lignes de plomb sur une table de bois recouverte de craie puis découpe le verre au fer rouge en suivant les formes indiquées sur la table. Les visages, les plis des draperies et autres détails sont peints sur la surface interne du verre en utilisant un mélange de poudre de verre, d’oxydes de fer ou de cuivre, de vinaigre ou d’urine. Cette peinture est cuite au four sur le verre. Les morceaux de verre sont sertis dans les baguettes de plomb. Le panneau terminé est posé dans l’armature.

 6 - CHARTRES. Les vitraux contemporains

Une autre manière de rencontrer les œuvres contemporaines est de les découvrir dans l’environnement pour lequel elles ont été créées, ici à Chartres, dans deux églises construites dans les années cinquante.

- L’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres

Rechèvres est à ce moment un nouveau quartier récemment urbanisé au nord-ouest de Chartres et un concours est lancé pour l’édification d’une église dédiée à saint Jean-Baptiste. Le programme la désire de taille réduite et propice à la dimension communautaire des assemblées.

Verrière au-dessus du maître-autel, Max Ingrand, détail
Église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres
Verrière circulaire de la tombe de l’abbé Stock, Gabriel Loire

C’est l’architecte chartrain Jean Redréau qui reçoit la commande. Il crée un format hexagonal avec plan centré et plusieurs espaces contigus ouverts ; à noter une grande économie de mobilier.
L’architecte-ingénieur Stéphane du Château réalise une coupole – structure spatiale révolutionnaire à l’époque – qui dégage six grandes baies panoramiques (12 m x 2 m), verrières réalisées par le maître-verrier chartrain Max Ingrand.
Conçues dans le style de l’abstraction géométrique, bien en accord avec le bâtiment, ces baies sont remarquables par leur palette de couleurs éclatantes et la disposition particulière des barlotières qui les animent. Les 261 m² de vitraux ont été réalisés en neuf mois, ce qui relève de l’exploit.
Cette église rend hommage à l’abbé Franz Stock dans une chapelle qui lui est consacrée : fin des années 1940, cet abbé avait dirigé l’accueil de 950 séminaristes allemands prisonniers, dans un baraquement en bois qui avait constitué ensuite le premier lieu de culte de Rechèvres au même emplacement. Cette chapelle votive est éclairée par un vitrail circulaire de Gabriel Loire.

- L’église Saint-Lazare de Lèves

L’église d’apparence assez austère est élevée à l’emplacement d’une église du XVIe siècle presque entièrement détruite en 1944. Seul le clocher demeure sur le côté d’un bâtiment moderne par ses matériaux (béton et dalle de verre) et sa géométrie asymétrique imaginés également par l’architecte Jean Redréau.
L’intérêt principal réside dans les éléments de décor, principalement les vitraux réalisés par le maître-verrier chartrain Gabriel Loire.

Gabriel Loire, Grand vitrail bleu, choeur, Vierge à l’Enfant. À ses pieds, le serpent, Esprit du mal
Gabriel Loire, Mur de verre, bas-côté Sud, travée 5. Les pèlerins et les malades se rendent au sanctuaire, détail
Gabriel Loire, Mur de verre, bas-côté Sud, travée 3. Les reliques portées en procession, détail

Le mur de verre en cinq travées du bas-côté sud (26 m sur 6 m) raconte l’histoire du village de Lèves depuis l’invasion normande de 911 jusqu’à sa destruction en 1944.
Le grand vitrail bleu du chœur évoque les principaux moments de la vie du Christ et se lit de bas en haut.
Les trois vitraux côté gauche de la nef représentent, à partir de l’entrée, saint Maurice (officier romain d’origine grecque), saint Gilles (moine aux VIIe et VIIIe siècles) et saint Lazare, patron de l’église.

La Cène, Façade, Jean Lambert-Rucki
La Déposition, Façade, Jean Lambert-Rucki
La Résurrection, Façade, Jean Lambert-Rucki

Le baptistère qui se situe dans l’ancien clocher est orné d’une fresque de Gabriel Loire réalisée par son petit-fils Bruno.
Les ateliers Loire sont installés à Lèves depuis 1946. Créés par Gabriel, ce sont maintenant son fils Jacques et ses deux petit-fils Bruno et Hervé qui en assurent la direction et perpétuent la créativité et les recherches techniques tout en maintenant leur savoir-faire pour les vitraux traditionnels et la dalle de verre. Avec une équipe d’une dizaine de compagnons, les ateliers peuvent réaliser de très importants chantiers en France et à l’étranger.

En extérieur, ce sont des sculptures en ciment polychrome créées par Jean Lambert-Rucki qui ponctuent la façade : à gauche de l’entrée, une Cène où seules les mains semblent s’exprimer, à droite trois scènes de la Passion, et en haut un Christ ressuscité de grande taille dans une pose très solennelle.

 7 - CHARTRES. L'Instrumentarium

Dans la cathédrale 310 représentations de 26 instruments différents ont été répertoriées : statues des portails, vitraux (principalement la rose sud) et clôture du chœur donnent vie à des musiciens jouant de leurs instruments médiévaux.
La rose du transept sud est particulièrement remarquable avec ses deux couronnes de douze Vieillards tenant chacun qui une harpe gothique, qui un psaltérion, qui une vièle (oblongue, en huit ou piriforme). Les voussures du portail royal mettent en scène également les Vieillards de l’Apocalypse portant des instruments.
Depuis presque vingt ans, le projet de reconstituer « au plus près visuellement, jouables durablement » ces instruments est porté par André Bonjour et l’association Instrumentarium de Chartres.

Portail royal. Berger jouant le frestel. XIIe
Portail royal. Femme frappant le tintinabulum. Psaltérion. XIIe
Portail royal. Vieillards tenant la vièle en huit et la harpe. XIIe
Rose Sud. Vieillard tenant la harpe
Rose Sud. Vieillard tenant la vièle en huit
Rose Sud. Vieillard tenant le psaltérion

À partir de photos, des luthiers et facteurs ont recréé progressivement un ensemble de 36 instruments : cordes pincées (psaltérion, harpe), cordes frottées (vièles et luth), vents (flûtes, frestel, chalemie, orgue portatif) et percussions (tambours, nacaires, tintinabulum).
Les reproductions d’instruments à cordes sont plus nombreuses que celles des instruments à vent. Certains – tel le frestel (sorte de flûte de Pan taillée dans un seul morceau de bois ou moulée dans l’argile) – n’étaient peut-être pas de véritables instruments de musique, mais servaient seulement à produire des signaux sonores, pour les troupeaux par exemple.
Tous ces instruments sont présentés dans une vitrine à l’entrée du musée des Beaux-arts de Chartres.
Mais L’instrumentarium de Chartres est aussi un ensemble de musique médiévale instrumentale et vocale dont le directeur artistique est Xavier Terrasa, spécialiste des instruments à vent, qui transcrit aussi des pièces notées dans des manuscrits anciens. L’ensemble comprend trois autres musiciens pour les vièles, les harpes et les percussions.
Nous sommes conviés à l’Hôtel Montescot pour une présentation-démonstration de cet Instrumentarium par Xavier Terrasa, dans le salon au plafond magnifique de cette mairie XVIIIe.

Chartres, Musée des Beaux-arts. La vitrine

De gauche à droite sont posés : flûte traversière, frestels, nacaires, symphonie, tambour sur cadre carré
A l’arrière-plan de droite à gauche : orgue positif, chalemie, tambour, flûtes, harpe
Sur présentoir : vièle oblongue et vièle piriforme

 8 - MAINTENON et son château

- L’historique

L’histoire du château de Maintenon remonte au Moyen âge, comme en témoigne sa Tour Carrée du XII e siècle.
En 1509, Jean II de Cottereau, intendant des finances sous Louis XII, l’achète et fait construire au sud l’aile Renaissance ainsi que la chapelle Saint-Nicolas.
En 1674, le château de Maintenon est acheté grâce à l’aide financière de Louis XIV par Françoise d’Aubigné. Devenue Madame de Maintenon après son mariage avec Louis XIV, elle fait abattre les murs crénelés pour donner au château cette forme en U qui ouvre sur les jardins redessinés en 1676 par Le Nôtre.
Le Roi charge Mansart d’élever deux nouvelles ailes, l’une pour relier le donjon au logis Renaissance, l’autre pour relier le château à l’église. Les appartements sont entièrement rénovés.
Sans descendance directe, Madame de Maintenon lègue le domaine, en dot, à sa nièce Françoise d’Aubigné lors de son mariage avec le duc de Noailles en 1698.
Le château reste alors dans la famille de Noailles. En 1983, les descendants lèguent le domaine à la Fondation Mansart pour sauvegarder ce majestueux patrimoine. En 2005, la Fondation confie la gestion du château au Conseil départemental d’Eure-et-Loire.

Façade du château et son châtelet d’entrée
Vue aérienne du château
L’aqueduc inachevé

- L’aqueduc de Vauban

L’énorme aqueduc inachevé traverse de part en part le domaine de Maintenon.
De 1685 à 1688 l’ouvrage, seul édifice civil construit par Vauban, est un chantier colossal et doit servir à porter les eaux de l’Eure jusqu’aux fontaines du château de Versailles sur 80 kilomètres.
Louvois (1641-1691), surintendant des Bâtiments, mobilise les géomètres de l’Académie des Sciences pour faire parvenir l’eau jusqu’aux cascades de Versailles. Le mathématicien La Hire (1640-1718) découvre que l’on peut faire parvenir les eaux de l’Eure par gravitation pour alimenter le parc et la ville de Versailles. Vauban propose de traverser le parc de Maintenon en siphon. Mais le souhait de Louis XIV est d’amener les eaux de l’Eure par le chemin des airs. Le monarque souhaite réaliser un ouvrage qui surpasse les réalisations des Romains.
Le projet primitif comporte trois étages d’arcades sur une hauteur de 73 m. Les travaux se révèlent onéreux de sorte que, en cours de construction, il est limité à une seule rangée d’arcades encadrée par deux siphons.
La guerre de la Ligue d’Augsbourg entraîne la fin des travaux. Il restait 29 kilomètres pour que les eaux de l’Eure arrivent aux cascades de Versailles. Louis XIV fait don de l’aqueduc inachevé à Madame de Maintenon.

Les appartements XVIIe de Madame de Maintenon
Ils ont été reconstitués car les meubles du château sont brûlés pendant la Révolution française. Seuls les tomettes et le parquet Versailles sont d’époque.

Françoise d’Aubigné, école Française du XVIIe
La chambre de Madame de Maintenon
Le salon du Roi

- Les appartements du XIXe siècle

L’ensemble correspond à l’art de vivre de cette époque. On apporte confort, détente, hygiène. Les pièces ont une fonction bien établie : salon, chambre, bureau, boudoir. Des papiers peints correspondant à la mode des chinoiseries sont classés Monuments historiques en 1944.

Jardin à la française de Le Nôtre
Papier peint à la mode des chinoiseries

- Le jardin à la française

Le jardin du château de Maintenon a été entièrement restauré afin de retrouver un parterre fidèle à l’esprit de l’époque, respectant les perspectives du château jusqu’à l’aqueduc de Vauban.
Le paysagiste Le Nôtre marque son empreinte en créant un jardin à la française digne du domaine versaillais, avec un jeu de perspectives pour s’approprier l’espace. Il choisit le creusement d’un canal passant sous l’aqueduc qui est bordé de deux allées plantées dont l’une porte son nom, l’autre celui de Racine. Au nord-est, la perspective d’arrivée est bordée de platanes plantés en 1782 qui s’incurvent librement sur des canaux latéraux, tandis que celle du sud-ouest comporte un miroir central encadré de pelouses et de charmilles contenant des bosquets. Il imagine un parterre entouré d’eau côté droit et un parterre composé de broderies.
Actuellement, le jardin est décoré en permanence de 12 000 pieds de buis formant les bordures, 65 rosiers tiges et 58 topiaires mis en forme … À chaque saison un nouveau jardin ! Au printemps, 15 000 bulbes de tulipes Violette Sky annoncent le retour de la belle saison... L’été, voici 2 000 impatiens roses et 2 000 sauges bleues et blanches !

 9 - Saint-Pierre-de-Varengeville et le CAC

A proximité de Rouen, posé au milieu des jardins et se mirant dans une belle pièce d’eau, voici le château XVIIe aux lignes symétriques et harmonieuses qui connut au fil du temps bien des vies.
La chapelle, le petit pavillon et le fronton témoignent aujourd’hui de ce passé.
Deux périodes nous intéressent plus précisément : la restauration du château vers 1890 par Gaston Le Breton, directeur des musées départementaux, riche collectionneur et proche de bien des artistes, qui fait graver au fronton Omnia pro arte (Tout pour l’art) ; puis la réhabilitation entière de l’ouvrage en 2009 par la Matmut qui crée une Université d’Entreprise et le Centre d’Art Contemporain.

L’entrée du château et son fronton du XVIIe
Le château et un parterre de buis
La chapelle au-delà de la pièce d’eau

- Centre d’Art Contemporain – Matmut

Le CAC, inauguré en 2011, est une galerie lumineuse de 500 m² qui accueille des expositions temporaires, des collections permanentes et organise manifestations et concerts.
Outre l’espace galerie, le centre se compose d’un grand parc de six hectares rythmé en jardins qui évoluent au gré des saisons.
Quelques sculptures monumentales attirent le regard, notamment le très grand masque de gorille en bronze de Quentin Garel, Evolution de Norman Dilworth (œuvre d’abstraction géométrique en acier), ou 659 qui trône au milieu du bassin.

- Les jardins
Outre nos tilleuls, hêtres, érables, frênes et marronniers, l’Arboretum accueille quelques espèces plus rares comme le mélèze, le cerisier du Tibet ou le tulipier de Virginie.
La Roseraie magnifique en juin est plus discrète début octobre.
Le Jardin des cinq chambres est conçu comme un jardin de l’évolution humaine, depuis l’observation du monde jusqu’à la création puis à la conscience : successivement, Le jardin du chaos, Le jardin de l’Eden, Le pentagramme, Le jardin de la réflexion et enfin La musique, sont peuplés des sculptures de Jean-Marc De Pas et animés de massifs de fleurs disposées selon de délicates harmonies colorées.
Le Jardin japonais est le fleuron de ce parc. On y accède par le Torii – seuil entre le monde profane et le monde sacré – pour s’imprégner, en trois étapes liées, du jardin classique, du jardin du thé et enfin du jardin zen à l’harmonie épurée.

Le Jardin japonais : jardin du thé
Le Jardin japonais : jardin zen
La Roseraie. Derniers rayons du jour en octobre

- L’exposition « Résonance des contrastes »

Conçue comme un dialogue entre les œuvres de deux artistes qui apparemment ont peu en commun, cette exposition s’étend dans la galerie, la chapelle et en extérieur.

- Vladimir Skoda (Prague, 1942). D’abord formé au métier de tourneur-fraiseur, il s’intéresse ensuite au dessin puis à la sculpture. Passionné de cosmologie et de cosmogonie , il travaille uniquement les métaux, selon des techniques variées (interactivité, polarité, magnétisme) et privilégie les formes rondes, sphériques, courbes. Il crée des surfaces grenaillées ou polies dont le pouvoir réfléchissant renvoie une image à la fois changeante et déformée du monde alentour.

- Nathalie Leroy Fiévée (Cayenne, 1971) travaille à Paris.
Elle s’intéresse également à la cosmogonie, mais matérialise cet attrait d’une tout autre manière. Elle privilégie la forme carrée et réalise notamment dans le parc des peintures horizontales à l’aide de minéraux aux nombreuses nuances colorées (brique, graviers, terre, galets) et de particules de lin.
Les œuvres des deux artistes sont présentées en résonance et mettent en valeur leurs contrastes et leurs complémentarités.
À retenir par exemple Horizon des événements de Skoda qui reflète en les déformant les lignes d’un labyrinthe dessiné au sol par Leroy-Fiévée (Avènement des horizons, 2015) ; ou encore de longues peintures verticales de Leroy-Fiévée répondent à Trou noir-trou blanc/Distorsion-vision de Skoda.

Dans le Jardin des cinq chambres : Jean-Marc De Pas, Couple allongé, 2010
Vladimir Skoda, Sans titre, 1983, acier forgé
Vladimir Skoda, Horizon des événements, Nathalie Leroy-Fiévée, Avènement des horizons, 2015

En clôture de notre voyage, c’était une belle occasion d’expérimenter l’image dans toutes ses variations : en miroir, déformée, inversée, torse, en abîme. Une découverte, des surprises !

Pour aller plus loin :
- Giverny
Claire Joyes, Les Carnets de cuisine de Monet, Photos J.-Bernard Naudin, Editions du Chêne, 1989. Préface de Joël Robuchon, 190 p.
• Le site officiel du Musée des Impressionnismes Giverny

- Chartres
Colette et Jean-Paul Deremble, Voyage au Moyen-âge à travers les vitraux de Chartres, Photos Henri Gaud, Ed. Gaud, 2004, 167 p.
• Un lien pour tout savoir sur les vitraux de Chartres
• Le site officiel du Centre international du vitrail de Chartres

- Maintenon
• Le site officiel du Château de Maintenon

Saint-Pierre-de-Varengeville
• Le site officiel du Centre Matmut pour les Arts (CAC)

Article publié le lundi 14 novembre 2016, par Convivialité en Flandre